Jean Eugène Marie Billard (Hylocharis)

Jean Eugène Marie Billard est né le 5 avril 1899 à Vievy, Côte-d’Or.
Régisseur du château de Sully en Saône-et-Loire, il s’est engagé dans la Résistance en rejoignant le réseau Alliance sous les pseudonymes K120 et Hylocharis . Il a servi en tant qu’agent de protection sur le secteur de Sully et qu’agent de renseignement auprès du chef de la région Nord.

Arrêté par la Gestapo le 16 novembre 1943, Jean Billard fut interné à Dijon puis déporté sous le régime Nacht und Nebel en mars 1944. Malgré les interrogatoires et la torture, il n’a jamais dénoncé ses camarades résistants. Après son emprisonnement dans plusieurs camps, notamment à Schirmeck et Wolfach, il fut finalement déporté à Dachau, où il est mort le 16 mars 1945.

À titre posthume, Jean Billard a reçu la Légion d’honneur, la Croix de guerre avec palme et la Médaille de la Résistance. En 1946, il a également reçu un certificat de reconnaissance du Field Marshal Montgomery, en hommage à son sacrifice pour la liberté de l’Europe.

Source : Marie Antoinette Gaunet née Billard 

Le Dernier Baiser : L’Arrestation et le Destin Tragique de Jean Eugène Billard

Le 16 novembre 1943, une belle journée ensoleillée, fut la dernière. Mon père, qui était également géomètre, avait passé la journée à travailler entre Morgel et Epinac, chez un ancien cuisinier à la retraite, M. Corot, pour un travail de naissance. Il était rentré avant la nuit et s’était rendu dans la dépendance du château pour une réunion avec le personnel de la bassecour et les menuisiers. D’autres employés du château ont vu une voiture Citroën s’arrêter devant la grande grille : c’était la Gestapo. Trois hommes en sont sortis et ont traversé le parvis du château à pied, en direction de notre maison.
Mathilde Bergeron, une grande amie de la famille, leur a ouvert la porte. Stupéfaite, elle s’est retrouvée face à la Gestapo, qui a immédiatement demandé à voir M. Billard. Mathilde leur a expliqué qu’il n’était pas présent, mais ils sont restés devant la maison. Pendant ce temps, j’avais enfilé une cape, pris un broc comme si j’allais à la pompe à l’autre bout de la cour, et je suis sortie par une autre entrée, à travers les greniers et les caves, pour alerter mon père. Alors que j’étais à mi-parcours, l’un des hommes m’a ordonné de revenir. De loin, mon père m’a aperçu et est revenu à la maison. La Gestapo l’a alors enfermé dans son bureau.

Ma mère n’était pas là, elle était partie à bicyclette faire des courses à la coopérative, de l’autre côté du bourg. Soudain, la porte est ouverte. Mon père est entré avec les trois hommes. Il s’est arrêté devant moi, m’a embrassée pour la dernière fois. Mon petit frère, effrayé, s’était caché dans les immenses dépendances, et nous avons eu du mal à le retrouver par la suite. Où ces trois hommes allaient ils emmener papa ?
Sur le chemin du retour, ma mère a vu la Citroën qui emmenait mon père. D’après les habitants de Sully, la voiture des Allemands avait pris la route d’Autun. La nuit était tombée, et les fils de notre téléphone avaient été coupés au coteau. Alors, avec ma mère, nous sommes parties à travers le parc, une lampe à bougie à la main, pour nous rendre chez le postier, à l’arrière de sa cuisine, afin de téléphoner à Paris et prévenir la princesse de Caraman Chimay, retenue chez elle par les Allemands. Elle connaissait de longue date le gouverneur de Paris, mais elle nous a dit qu’elle ne pouvait rien faire.

Plus tard, malgré le couvre-feu, Mme Pelletier Jeanne est venue avec sa fille nous conseiller le nom d’un avocat. Elles ont pris le risque de venir, ayant elles-mêmes subi une dénonciation quelques semaines plus tôt. Le lendemain, l’avocat est venu chercher des vêtements et des chemises pour la prison d’Autun. Une semaine plus tard, c’était le départ pour la prison de Chalon, puis celle de Dijon. Entre-temps, un régisseur remplaçant, M. Debra, avait pris la place de mon père, C’est à Dijon que ma mère a pu voir mon père grâce à M. Debra, qui avait réussi à parler à un garde pour expliquer que la gestion forestière de Sully devait fournir du bois aux Allemands.
Puis, plus rien, jusqu’en 1945. De Dijon, mon père a été transféré à la prison de Schirmeck, toujours tenu au secret, puis à la forteresse de Wolfach, où il partageait sa cellule avec M. Cusin, photographe d’Autun. , et un jeune homme de 17 ans, Chanliau, de Broye. C’est là qu’il a fait la connaissance de M. Metzger de Strasbourg et du chef de gare. M. Cusin et M. Metzger, revenus de déportation, nous avons raconté les événements avec respect et tristesse. Ils entendaient les canons de la libération. Au moment des mouvements dans la prison, ils avaient convenu de tenter une attaque contre les surveillants.

La libération approchait enfin, mais mon père fut transféré à Dachau, enchaîné par deux avec un autre détenu, sous des bombardements intensifiés. C’est probablement à ce moment que le jeune Chanliau fut tué, car sa famille n’a jamais eu de nouvelles de lui. L’hiver à Dachau, c’était l’horreur. A la suite d’une chute, mon père, blessé, fut admis au bloc 23, le « Revier » (l’infirmerie du camp), où il est décédé le 16 mars 1945, peut-être victime du typhus, selon les archives du camp, qui étaient très bien tenus. Sa misère avait pris fin.

La vie a continué pour ma mère et nous, ses quatre enfants.

Récit de Marie-Antoinette Billard

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